Défi 19/37 – Savoir gérer ses batteries

“Tout le monde est un génie, mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide.”  Albert Einstein

battery-Andy-ArmstrongIl y a à peu près un an, j’ai eu une véritable révélation: je suis introvertie et c’est ok! La révélation n’était pas que je sois introvertie, mais que j’accepte enfin d’être à l’aise avec cette part de moi que jusqu’à là j’essayais en vain de changer. En effet, dans notre société, l’être humain idéal est sociable, a le goût du risque, sait travailler en équipe. Le discret, le timide est presque suspect, son caractère n’est pas adapté à notre monde. Les icônes du succès sont ceux qui s’affichent sur les écrans, ceux qui parlent haut et fort. Du coup je me suis longtemps trouvée “anormale”, je déployais une énergie folle à faire ce que les extravertis font si naturellement: interagir avec les autres. Aujourd’hui, je ne souhaite pas faire un plaidoyer pour les introvertis, Susan Cain le fait merveilleusement bien dans son ouvrage “Quiet”. Les introvertis et les extravertis sont comme le yin et le yang, notre humanité a besoin des deux. L’objectif de mon article aujourd’hui est de vous expliquer l’impact que ce trait de personnalité a sur votre niveau d’énergie.

 Le concept: où mettez-vous votre attention et votre énergie?

Les termes d’introvertis et d’extravertis en psychologie (et auxquels je réfère ici) n’ont pas le même sens que dans le langage courant. Ils sont utilisés par C.G. Jung pour définir les deux façons dont les êtres humains “dirigent” leur énergie. L’extraversion se définissant alors comme “l’état, l’acte ou l’habitude, orienté par une gratification externe à la personnalité”, alors que l’introversion désigne “l’état ou la tendance orientée par une gratification interne et le bien-être mental de l’individu concerné”. Attention, cela n’a rien à voir avec la timidité ou l’isolement social.

Aimez-vous passer votre temps en compagnie et entouré d’objets (extraverti) ou bien préférez-vous votre monde intérieur d’idées et d’images (introvertis)? Chacun d’entre nous passe de l’un a l’autre, mais nous avons tous une tendance naturelle distinctive.

  • Les introvertis: si vous avez le choix, vous passerez une soirée avec un petit groupe d’amis proches plutôt que dans la foule. Vous réfléchissez (longtemps) avant de parler. Vous analysez les risques et appréciez la solitude. Vous vous sentez stimulés lorsque vous avez l’opportunité de vous concentrer intensément sur un sujet ou une activité qui vous passionne. A l’inverse, vous vous sentez submergés dans des endroits bruyants et bondés. Vous cherchez un havre de paix, un sanctuaire pour reprendre vos forces. Vous avez une vie intérieure active.
  • Les extravertis: vous cultivez vos relations sociales et vous sentez stimulés par les interactions humaines. Vous êtes aussi à l’aise avec vos proches qu’avec des inconnus. Vous êtes naturellement assertifs, fonceurs et savez profiter du moment présent. Vous savez gérer les conflits. Si vous avez le choix, vous favoriserez une environnement stimulant qui vous offre des opportunités d’interagir avec du monde. Le calme vous ennuie voir vous irrite.

Quelques chanceux tombent juste au milieu des deux tendances. Des études montrent qu’ils  semblent avoir le meilleur des deux mondes!

Vous vous demandez sans doute à ce stade quel est le rapport avec votre niveau d’énergie. C’est simple, les activités qui vont à l’encontre de votre tendance naturelle vont vous pomper de l’énergie alors que celles qui puisent dans votre inclination vous en donneront. A nouveau, il ne s’agit pas de vous couper du monde si vous êtes introverti, mais bien de savoir qu’après une présentation devant une large audience, vous devez prévoir un temps de calme pour “récupérer”. Inversement, un extraverti aura intérêt à aller étudier à la bibliothèque, entouré d’autres étudiants que de s’enfermer chez lui des jours entiers.

Pour rendre cela plus concret, voici l’histoire de ma “révélation”. Il y a à peu près un an, j’ai été détachée temporairement de mon poste pour diriger une petite équipe qui avait 3 mois pour améliorer notre processus interne de formation. Le format de ce type d’interventions, conçues par une célèbre société de consultance, se voulait naturellement intensif pour “pousser” les gens, dans l’idée j’imagine que ce niveau élevé de stress pouvait nous stimuler afin d’obtenir des résultats, mais qu’il ne pouvait pas être prolongé au risque que nous ne “craquions”. Nous passions nos journées ensembles dans une petite salle de réunion transformée en centre de commandement, sans fenêtres, traquant nos progrès, guidés par des “Change Navigators” qui nous poussaient toujours plus loin. En temps que “Team Leader” je devais être toujours disponible pour les membres de l’équipe, prendre quotidiennement des dizaines de décisions rapidement et surtout je me trouvais face à un Change Navigator extraverti. Alors que je commençais ma journée en forme mais sentais mon énergie descendre au fur et à mesure des heures qui s’écoulaient, lui démarrait dans le gaz mais prenait du poil de la bête en fin de journée. C’est toujours le soir qu’il voulait discuter, challenger, convaincre notre management alors que je ne m’en sentais plus capable. Mais comme je voulais bien faire, j’ai essayé de calquer son rythme. Au bout de quelques semaines je n’en pouvais plus. Je fondais en larme d’épuisement dès que j’étais seule dans ma voiture. Comme je remontais cette difficulté à son supérieur, elle m’a simplement dit: “Dis-lui non.” Et  là, révélation: je ne suis pas nulle parce que j’ai moins d’énergie que lui le soir… Je fonctionne juste différemment et je peux choisir le mode de fonctionnement qui me convient. Si je ne suis pas capable en fin de journée de gérer certaines activités,au lieu de me forcer à le faire, je dois m’organiser soit pour les planifier à un moment plus propice pour moi, soit me donner du temps de récupération avant pour être la plus efficace possible à ce moment là. Sa réponse semblait si simple, si évidente que franchement je me suis sentie bête. J’ai beaucoup appris pendant ce projet, mais ce qui me restera avant tout c’est cela: accepter de me donner le temps et le calme dont j’ai besoin pour me ressourcer. Dès ce jour, j’ai commencé à quitter notre “centre de commandement” pour aller travailler au calme une heure par-ci par-là. J’ai zappé le repas de midi en équipe une fois de temps en temps pour rester seule dans la pièce. J’ai dit non à mon Change Navigator pour une réunion supplémentaire de dernière minute à 17h30… L’équipe ne s’en est même pas aperçue, mais moi j’ai senti la différence. J’ai pu à nouveau respirer alors que les semaines précédentes je vivais en apnée.

Un bien long discours pour ce message qui me tient énormément à cœur: en ce qui concerne ce trait de caractère, n’essayez pas de changer votre inclinaison naturelle, travaillez avec. Oui, je veux devenir la meilleure version de moi-même possible, mais pour cela je dois m’accepter et suivre le courant afin de pouvoir manœuvrer avec souplesse.  Quelque soit votre profil, introverti ou extraverti, vous apportez des qualités uniques autour de vous. Acceptez-vous et appréciez cette  part de vous. Une fois que vous l’aurez acceptée, prenez des actions pour la nourrir car vous avez alors les moyens de mettre en place des stratégies qui  vont vous permettre de rapidement recharger vos batteries et d’éviter les situations qui vous drainent.

En pratique: votre tendance

Voici un petit questionnaire, répondez-y en vous évaluant sur une échelle de 1 à 5:

  1. je ne suis pas du tout d’accord, cela ne me ressemble pas
  2. ce n’est pas caractéristique de mon attitude
  3. neutre
  4. c’est assez caractéristique de mon attitude
  5. tout à fait d’accord, c’est moi tout craché

Prenez un papier et un crayon et sans y passer trop de temps répondez aux questions suivantes:

  • Je suis très prudent pour prendre des décisions.
  • Je préfère connaitre bien quelques personnes plutôt que superficiellement beaucoup de monde.
  • Je suis vidé après des sorties même si j’y ai pris plaisir.
  • J’apprécie la solitude et aime faire régulièrement des activités seul.
  • Je ne prends pas de risques à moins de les avoir bien évalués auparavant.
  • On disait de moi que j’étais un enfant “calme”
  • Dans les rassemblements sociaux, j’ai besoin de trouver un endroit pour m’isoler de temps en temps.
  • Je ne prends pas de décisions précipitées.
  • On me dit réservé.
  • Je suis indisposé par trop de bruit et de lumière.
  • Je suis plus efficace dans un environnement calme.

Faites la moyenne de vos réponses. Plus vous tendez vers le 1, plus vous êtes extraverti, plus vous tendez vers le 5 plus vous êtes introverti.

Il existe de nombreux tests plus pointus sur le sujet comme le profil MBTI, mais en général, nous savons instinctivement vers où nous tendons.

(Les questions que je vous ai proposé sont librement adaptées du questionnaire de Susan Cain sur son site web: Quiet Revolution.)

crédit photo: Andy Armstrong

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